Dans le souci d’assurer la stabilité du système financier, la Banque de la République du Burundi (BRB) a pris successivement des mesures visant le renforcement des fonds propres des établissements de crédit notamment par l’affectation d’au moins 65% du résultat distribuable dans les réserves. Ce sujet a été l’un des points traités dans la réunion qu’a tenue la BRB avec les ADGs des banques, ce mardi 20 décembre, à l’hôtel Club du Lac. Une réunion en vue d’échanger et proposer des solutions durables à certains défis auxquels fait face le secteur bancaire burundais selon gouverneur de la BRB, Dieudonné Murengerantwari.
Photo du gouverneur de la BRB, Dieudonné Murengerantwari
« Le Burundi, à l’image des autres pays de EAC, n’a pas échappé aux deux chocs qui ont fait chuter l’économie des nations : la pandémie du COVID 19 et le conflit russo-ukrainien. Des indicateurs économiques se détériorent, et l’inflation commence à dépasser les seuils critiques “, s’inquiète Dieudonné Murengerantwari.
L’inflation, à la fin du mois de novembre 2022, donne-t-il un exemple, s’est établie à 26.8%, cela principalement tirée par la hausse des prix des produits alimentaires et énergétiques. Cette situation économique, déplore -t-il, a un impact négatif sur l’activité du secteur bancaire. Le numéro 1 de la banque centrale indique qu’à ces défis, s’ajoute le problème de disponibilité des devises. C’est le Burundi qui est plus touché. La raison que donne Murengerantwari est qu’il est un importateur net.
« Nous reconnaissons qu’il existe d’autres défis qui tiennent au cœur les le secteur bancaire burundais, et la solution doit provenir des échanges entre les parties prenantes. Le renforcement des fonds propres des établissements de crédit, est l’une des solutions pour nous reconstruire « , a-t-il fait savoir.
« Couvrir les risques devrait préoccuper toutes les banques”, a indiqué Libère Nduwimana , un cadre de la BRB, dans son exposé . Dans l’exercice de ses activités, un établissement de crédit prend souvent des risques. « Quand on octroie des crédits, on n’est pas sûr que le crédit sera remboursé. Les risques sont de nature différente : ceux du marché qui sont dus aux fluctuation des taux d’intérêt ou de cours de change ; il y a aussi des risques opérationnels liés au non-respect des procédures et au vol. Dans ce cas, on doit faire recours aux fonds propres« , explique Libère Nduwimana . Pour lui, il y a d’autres objectifs motivant le renforcement des fonds propres dans l’optique d’augmenter l’assise financière. Le renforcement des fonds propres est synonyme de renforcer la capacité d’un établissement de crédit de pouvoir résister aux chocs éventuels internes et externes.Ce cadre de la banque Centrale souligne qu’il faut renforcer les fonds propres pour augmenter la capacité à financer l’économie. « Si une banque dispose peu de fonds propres et que les actionnaires viennent demander des crédits, elle a du mal pour sa faible capacité d’octroyer ce crédit”, A-t-il expliqué. Selon cet économiste, la BRB a enregistré, aux établissements de crédit tant de défis.
Le faible niveau du capital réglementaire exigé, ce qui laisse espace aux inquiétudes à la capacité de résister aux chocs. Le risque de faillite à la porte. L’autre défi majeur, une erreur d’ailleurs, c’est de renforcer les fonds propres par l’incorporation des réserves au lieu de le faire par apport de l’argent frais.« Il y a des banques qui ont un capital social proche à la norme réglementaire mais avec des fonds propres exorbitants. Ce qui s’explique par l’augmentation des fonds propres via le canal des réserves et reports à nouveau”, fait-il savoir. Ce défi conduit à la demande de dérogations.
Photo de Libère Nduwimana
Dérogation bancaire, un couteau à double tranchant
Pas mal d’établissements de crédit font recours aux dérogations, malheureusement les gens des banques ne méditent pas sur les risques. « Un client demande un montant très élevé pour financer projet costaud et que la banque n’a pas la capacité suffisante pour octroyer. Dans ce sens, la banque n’a qu’à recourir à des dérogations pour dépasser les limites réglementaires”, explique-t-il. En principe, poursuit-il, ça ne devrait pas se faire ainsi, les banques devraient accorder les crédits en fonction des fonds propres disponibles. En ce qui est de la dérogation, Libère Nduwimana est clair : elle donne la permission de dépasser la limite réglementaire mais ne t’épargnes pas aux risques de remboursement.La solution est claire, il faut renforcer les fonds propres par des apports de l’argent frais.
La réglementation n’en est pas muette
Les bases légales et réglementaires parlant des réserves exigées aux établissements de crédit pour pouvoir augmenter les fonds propres sont là. On cite quelques-unes : la loi régissant les activités bancaires, promulguée le 22 Août 2017 ; le code des sociétés privées et à participation publique, en son article 73 parlant des réserves légales. Aussi la circulaire numéro 6 de 2018 relatif à la division des risques qui parle des limites en matière de la division des risques de crédit, aussi qui parle des réserves à constituer en cas de réception des dérogations auprès de la banque centrale. L’on signale également les mesures successivement prises par la BRB, depuis 2019, invitant les établissements de crédit à constituer 65% du résultat distribuable de leurs réserves, dans le but de renforcer les fonds propres.
Gérard HABURANIMANA